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Travail des enfants

05 octobre 2005, Coordination contre les méfaits de Bayer

Inde: Le travail des enfants chez des fournisseurs de la filiale de BAYER

L'étude "Le travail des enfants dans les plantations de coton indiennes - le rôle des sociétés multinationales semencières" dévoile comment les sociétés semencières profitent du travail des enfants dans sa forme la plus aiguë. Au banc des accusés, on trouve MONSANTO, UNILEVER, SYNGENTA et BAYER.

Au sud de l'Inde, la laborieuse production de semence de coton passe par de petites entreprises fournisseuses, indépendantes sur le papier, mais liées dans les faits par des normes de qualité, des accords sur les prix ainsi que par des contrats de livraison à long terme. Ces entreprises agricoles, se trouvant principalement dans l'état d'Andhra Pradesh, emploient des dizaines de milliers d'enfants - en grande majorité des fillettes de 6 à 14 ans.

Pendant les périodes de disette, des agents recruteurs les embauchent en échange d'une avance payée à leurs parents. Elles vont alors travailler comme des esclaves dans des fermes semencières situées souvent jusqu'à 100 km de chez elles. Pour une journée de travail de 12 heures, elles sont payées 50 cents. Les pesticides auxquels elles sont exposées mettent gravement en danger leur santé, ce qui constitue une grave atteinte à la convention 182 de l'Organisation Internationale du Travail. Elles ne vont pas à l'école et n'ont de ce fait aucune chance d'échapper au cercle vicieux de la pauvreté.

Plusieurs fois par an, les groupes semenciers font des contrôles dans les fermes. Ils admettent qu'il y a des problèmes de travail des enfants, tout en en rejetant la responsabilité sur leurs fournisseurs. Ceux-ci mettent l'accent sur les prix trop bas ne permettant une production rentable que grâce au travail des enfants.

Philipp Mimkes de la Coordination contre les méfaits de BAYER déclare: "Les entreprises auraient beau jeu de régler le problème en payant un prix plus élevé, en interdisant par contrat le travail des enfants et en effectuant des contrôles. Des groupes aussi riches que Bayer devraient avoir honte de profiter de l'exploitation des enfants."

Rainer Kruse de la Marche mondiale contre le travail des enfants affirme: "Cet exemple met en évidence le fait que le travail des enfants, si bon marché, détruit les emplois des adultes. Le groupe allemand Bayer pourrait être le fer de lance quant à l'abolition du travail des enfants en payant des prix corrects aux fermiers - et en assortissant ces prix d'une condition: "l'embauche immédiate d'adultes sur la base du salaire minimum". Le succès considérable de la lutte contre le travail des enfants dans l'industrie des tapis grâce au label "Rugmark" montre que Bayer auraient les moyens de mettre fin aux souffrances des enfants."

Après la publication de cette étude en été 2003, les entreprises faisant l'objet de critiques se sont déclarées prêtes à rencontrer le groupe de défense des droits des enfants MV Foundation. Elles endossèrent également la responsabilité du travail des enfants chez leurs fournisseurs et créèrent le "Child Labour Elimination Group" CLEG (Groupe pour l'élimination du travail des enfants), dont BAYER pris la présidence. Pour le printemps suivant (2004), ces entreprises envisageaient de remplacer les enfants par des travailleurs adultes. Cependant, pendant des mois, rien ne se passa. C'est ce qui motiva la Coordination contre les méfaits de BAYER et le Global March à faire parvenir une lettre ouverte au groupe BAYER.

A l'inverse de MONSANTO et ADVANTA, BAYER et SYNGENTA ne se contentèrent pas de déclarations de principe, elles prirent l'initiative d'activités telles que spots radiophoniques et annonces dans les journaux en faveur de la scolarisation des enfants. Leurs firent des contrôles chez leurs fournisseurs afin de pouvoir évaluer plus exactement l'ampleur du problème, car elles n'avaient jusqu'alors effectué aucune enquête de leur propre chef.

Les répercussions de cet engagement sont cependant décevantes. En automne 2004, une nouvelle étude a montré que le nombre des enfants qui travaillent chez les fournisseurs de la filiale de BAYER, PROAGRO, a à peine baissé. Il est passé de 2 000 à environ 1 650. Cela s'explique par le fait que les prix d'achat n'ont pas augmenté, ce qui aurait facilité l'embauche d'adultes. De plus, les lieux de production des fournisseurs n'ont pas été tous rendus publics; ils ne sont donc pas contrôlables. Certains acheteurs, dont BAYER fait partie, ont rajouté dans leurs contrats une clause interdisant l'intervention d'enfants, mais faute de contrôles ou d'amendes substantielles, cette clause reste lettre morte.

Cette situation a créé des tensions entre le siège allemand de BAYER et sa filiale indienne; la maison mère exigeant que des mesures efficaces soient prises pour éviter la publicité négative. Lors de rencontres avec MV FOUNDATION, des représentants de la firme allemande reconnurent que ce thème avait fait l'objet de discussion jusqu'au sein du directoire. Durant l'assemblée générale, des "actionnaires critiques" abordèrent également ce sujet. "Il est évident que si l'entreprise a accepté de discuter avec nous, c'était uniquement en raison des pressions extérieures" affirme Shanta Sinha, présidente de MV FOUNDATION, qui souligne ainsi l'importance d'une coopération entre militants indiens et européens.

Malgré les déclarations des entreprises, rien ne changea sur le fond du problème. En conséquence les représentants allemands de la campagne contre le travail des enfants ont décidé en automne 2004 de porter plainte contre le groupe BAYER pour non respect des principes directeurs de l'OCDE. Ces principes interdisent le travail des enfants, y compris chez les fournisseurs. Parallèlement plusieurs organisations allemandes ont déclenché une campagne d'information et des centaines de personnes ont envoyé des lettres au PDG de BAYER CROPSCIENCE en demandant des prix d'achat plus élevés, des contrôles efficaces et un engagement véritable du groupe. Des manifestations de mécontentement ont eu à nouveau lieu lors de l'assemblée générale des actionnaires, le 30 avril 2005.

Une nouvelle fois, BAYER décida de réagir: désormais la production semencière se limiterait à quelques «villages modèles» plus faciles à contrôler. Les semences produites sans aucun travail des enfants bénéficieraient d'une prime allant jusqu'à 5 % du prix. En juin, MV Foundation a enfin reçu, comme promis deux ans auparavant, la liste des entreprises agricoles semencières, ce qui lui permettra d'effectuer des contrôles indépendants. En outre, BAYER prend l'initiative de projets de scolarisation.

Rainer Kruse de la Marche mondiale contre le travail des enfants ne cache pas son scepticisme: «Le but des multinationales est le profit, elles n'ont aucune visée altruiste. Si elles cherchent à collaborer avec les ONG, c'est pour améliorer leur image auprès du grand public. Toutes les organisations qui travaillent contre le travail des enfants doivent absolument garder leur indépendance et faire pression sur les firmes aussi longtemps que nécessaire». Kruse critique également le principe des «villages modèles» «qui n'ont aucun effet à long terme. Dès que le projet aura pris fin, tout redeviendra comme avant. En raison de son coût élevé, ce modèle n'est pas reproductible à une échelle plus importante.»

Il semble que ce scepticisme soit justifié. En effet des études réalisées en septembre 2005 montrent que des enfants continuent de travailler chez des fournisseurs de BAYER. Un porte-parole du groupe a dû reconnaître que les objectifs n'avaient pas été atteints. Par ailleurs des enfants continuent de travailler chez les fournisseurs d'autres firmes. Voilà pourquoi la Coordination contre les méfaits de BAYER maintient la pression sur BAYER.
(Traduction: Edith Meyer)