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ALLEMAGNE

29/10/2003, www.novethic.fr

EN ALLEMAGNE, LES ASSOCIATIONS VEILLENT AU GRAIN

Les anti-OGM semblent progresser en Europe. La Commission Européenne vient de reporter sa très controversée proposition de directive sur les semences, une étude démontrant les effets négatifs du colza et de la betterave trangénique sur l'environnement vient d'être publiée en Grande-Bretagne et Monsanto réduit ses activités en Europe... Pourtant les associations restent inquiètes et estiment que l'industrie génétique mise notamment sur des campagnes de promotion pour tenter d'inverser la tendance et de faire entrer les OGM sur le marché " par la petite porte ".

Greenpeace vient de révéler l'existence d'un protocole d'accord entre l'Américain Monsanto et les allemands Bayer et Metro (un des grands noms de la distribution allemande). Il ont recontré ensemble secrètement deux agences de publicité. D'après le document qu'a rendu public Greenpeace, il s'agirait d'organiser une campagne faisant la promotion de l'alimentation transgénique en Allemagne. Pour l'association écologique, Metro, en se chargeant de l organisation de cette campagne, " se fait le larbin de l'industrie génétique ". Tout aussi radical, Philipp Mimkes, de la Coordination contre les dangers liés à Bayer (CBGnetwork), estime " qu'avec l'aide d'agence mondiales de publicité, l'industrie génétique planifie un lavage de cerveau des consommateurs ". Metro n'a pas démenti l'information de Greenpeace et invoque le fait accompli en citant des chiffres du ministère de l'environnement selon lesquels, entre 60 et 70% des produits alimentaires en circulation sur le marché allemand, ont été au moins en contact avec des OGM.

Parallèlement vient d'être lancée une pétition à l'échelle européenne contre la proposition de directive de la Commission européenne prévoyant le non-étiquetage spécifique de semences pouvant contenir, selon les espèces végétales, entre 0,3 et 0,7% d OGM. L'organisateur de cette pétition, la fondation berlinoise Zukunftsstiftung Landwirtschaft (zs-l), estime que la pureté des semences serait ainsi mis en danger. La directive ne prévoie aucune disposition prenant en compte le principe de précaution et permettant d'instaurer un régime de responsabilité sur la contamination accidentelle par dissémination d OGM. C'est ce que réclament les agriculteurs biologiques pour qui c'est un point crucial.

Indécision gouvernementale

En Allemagne, l'action " Protéger nos semences " a pris une tournure particulière, le gouvernement n'ayant pas encore pris de position officielle sur la question. Le ministère de l'environnement ainsi qu'un certain nombre de personnalités sociales-démocrates se sont ouvertement déclarés pour la pureté des semences et contre la directive européenne. Mais la directive européenne en particulier et les OGM en général sont soutenus par le très influent ministère de l économie ainsi que le ministère de l éducation et de la recherche.

Cependant, à la suite de l'intervention de la ministre allemande de l'environnement, Renate Künast (Parti des Verts), la Commission européenne a reporté, sine die, sa décision sur la pureté des semences. La ministre, grande promotrice d'une agriculture plus respectueuse de l'environnement, a pu démontrer que le fait d'établir des valeurs seuils sur les semences OGM n'avait pas de fondement juridique. La Commission européenne va donc revoir sa copie et réévaluer les procédés législatifs, ce qui ne devrait pas pour autant simplifier la législation actuelle. Celle-ci, fort complexe, prévoit des règlements différents pour les semences, les denrées alimentaires, l'alimentation animale ou encore la culture, en champs ouverts, de plantes transgéniques.

Extension timide et discrète des cultures OGM

En marge des discussions sur les OGM, la culture de plantes transgéniques, jusqu'ici pratiquement inexistante en Allemagne, s'est discrètement étendue. D'après Ulrich Ehlers, de l'institut de recherche Robert Koch (RKI), chargé de délivrer les autorisations pour les essais de plantes transgéniques, on compte 148 champs, principalement concentrés dans la Basse-Saxe et la Saxe-Anhalt, deux Länder qui accueillent un grand nombre d'instituts de recherche et d'entreprises spécialisés dans l'industrie génétique.

Cependant, seule une partie de ces champs sont actuellement utilisés pour les recherches. " Moins de la moitié de la surface ", estime Ulrich Ehlers, invoquant le flou de la législation actuelle. La coordination des modes de contrôle pose particulièrement problème dans la mesure où il n existe pas de règlement applicable sur le plan national. Si la RKI fixe les mesures de sécurité à prendre, les 16 Länder sont chargés de les faire appliquer et de les contrôler. Dans ce contexte, on assiste à des campagnes de destructions de champs transgéniques bien qu'elles ne suscitent pas un grand intérêt médiatique. Selon Ulrich Ehlers, environ un cinquième des champs cultivés est chaque année détruit ou saboté.

Claire Stam
Mis en ligne le : 29/10/2003
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