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Poncho

09/01/2008 Actu Environnement

L'insecticide Cruiser est autorisé tandis que le Poncho reçoit un avis défavorable

Le gouvernement a donné un avis défavorable à l'emploi du pesticide Poncho-Maïs, jugé dangereux pour les abeilles, mais autorisé celui du Cruiser en l'assortissant de mesures de précaution sur son utilisation.

Les associations environnementales Amis de la Terre, MDRGF, WWF et FNE l'avaient annoncé le 3 janvier dernier : le ministre de l'agriculture Michel Barnier a autorisé l'insecticide Cruiser fabriqué par Syngenta. Ce produit, qui contient du thiaméthoxam, appartient à la même famille que les substances actives du Gaucho et du Regent incriminés pour leur impact néfaste sur les abeilles.

En revanche le Gouvernement a décidé de ne pas autoriser le Poncho-Maïs, fabriqué par Bayer. Ce produit contient du thiaméthoxam, qui dont le principe actif est la clothianidine de la famille des néo-nicotinoïdes.

Les substances actives présentes dans le Régent (fipronil), le Gaucho (imidaclopride), le Poncho (clothianidine) et le Cruiser (thiaméthoxam) appartiennent à la même famille d'insecticides systémiques utilisés en enrobage de semences, notamment de maïs. Elles sont homologuées au niveau européen, même si la France a été le seul pays européen à retirer l'autorisation d'usage du Régent et du Gaucho.

Rappelons que l'Agence française de sécurité sanitaire des aliments (AFSSA) avait été saisie début septembre pour évaluer ces deux préparations dites aussi phytopharmaceutiques. Sur la base d'une analyse notamment des effets sur les abeilles, l'AFSSA a donné un avis défavorable pour le Poncho, et favorable pour le Cruiser en l'assortissant de préconisations d'usage.

Le Gouvernement a décidé de suivre ces avis puisque le Poncho n'est pas autorisé à l'inverse du Cruiser qui sera toutefois soumis à des conditions de précaution prévoyant notamment une autorisation limitée à 1 an suivie d'une nouvelle évaluation, une limitation de la période d'utilisation avant le 15 mai afin de réduire la période de Floraison et une application autorisée uniquement sur le maïs ensilage, le maïs grain et le maïs porte-graine femelle.

Les associations se sont réjouies du refus d'autorisation du Poncho, mais ont exprimé leur surprise quant à la décision du gouvernement d'autoriser le Cruiser, alors même qu'une réduction de l'usage des pesticides a été validée dans son principe par les pouvoirs publics lors du Grenelle de l'environnement. Alors que les travaux du Comité Scientifique et Technique (CST) chargé d'évaluer les causes de dépérissement des colonies d'abeilles sont volontairement arrêtés depuis deux ans, nous nous élevons contre cette autorisation qui permettrait à un insecticide qu'on sait être extrêmement dangereux pour les abeilles d'être répandu dans l'environnement au mépris du principe de précaution, déclare le MDRGF même si Michel Barnier a imposé la mise en place d'un suivi et d'une surveillance des ruchers portant sur 3 régions minimum. Les modalités de ce suivi seront définies en concertation avec les représentants des apiculteurs et avec les associations protectrices de l'environnement, indique dans un communiqué le ministère de l'agriculture. Une première réunion du comité scientifique et technique est prévue le 30 janvier.

La décision d'autorisation a été présentée aux associations de protection de l'environnement et aux représentants de la profession apicole. À la demande de certains d'entre eux une audition de scientifiques va être réalisée par l'AFSSA à l'occasion du comité d'experts spécialisé du 16 janvier prochain, précise le ministère.

Enfin, une mission sur la filière apicole sera prochainement confiée à un parlementaire. Son objectif : la mise en place d'un plan d'action apicole portant sur l'organisation de la surveillance de l'état des ruchers, l'aménagement du territoire et sur l'accompagnement technique, scientifique et économique durable de la filière.

Pour FNE, le problème de fond reste la monoculture de maïs, à l'origine de la dépendance de cette culture aux pesticides. De ce fait la fédération d'association demande à ce que cette monoculture soit remise en cause et que les techniques alternatives à l'usage des pesticides soient promues, en particulier la rotation des cultures.

Rappelons que dans le prolongement des décisions prises à l'issue du Grenelle de l'environnement, Michel Barnier, ministre de l'agriculture et de la pêche, a installé le 15 novembre dernier, le comité d'orientation du plan de réduction de l'usage des pesticides. Ce plan de réduction comporte deux volets : le retrait du marché dans les meilleurs délais au regard des solutions alternatives existantes, des produits contenant les 53 substances actives les plus préoccupantes, dont 30 avant la fin 2008 et l'élaboration d'un plan de réduction de 50% de l'usage des pesticides dans un délai de dix ans, si possible. Un groupe d'experts composé d'une quinzaine de personnes est chargé de formuler des propositions d'action sur les thématiques suivantes : définition d'indicateurs précis et consensuels pour assurer le suivi, évaluation des marges de progrès sur les substances et itinéraires techniques, mobilisation de la recherche, du développement et du transfert des méthodes alternatives et des systèmes économes en pesticides, formation des agriculteurs à l'utilisation des pesticides et professionnalisation des métiers de la distribution et du conseil phytosanitaire autour d'un objectif de certification et renforcement des réseaux de surveillance sur les bio-agresseurs et sur les effets non intentionnels de l'utilisation des pesticides avec une mise en transparence de la connaissance.
C.SEGHIER