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L'Express

L'Express du 24/01/2005

Bayer, RWE, Thyssen: Des députés arrosés

Les revenus parallèles versés par des entreprises à certains élus provoquent un tollé outre-Rhin. Le gouvernement promet de légiférer

L'Allemagne serait-elle devenue une Bananenrepublik? Les députés allemands sont-ils vendus aux entreprises? Depuis un mois, la question des revenus parallèles des hommes politiques fait l'objet de vifs débats, alimentés par des "affaires" qui montent en puissance. Tout a commencé avant Noël, avec la démission du secrétaire général du parti chrétien-démocrate (CDU), Laurenz Meyer. Ancien manager du groupe énergétique RWE, Meyer a touché l'équivalent de 125 000 euros de son entreprise, il y a quatre ans, au moment où il s'apprêtait à se lancer dans la politique. Il s'agissait, selon RWE, d'un petit cadeau de départ, destiné à l'aider dans ses nouvelles fonctions. Quelques jours plus tard, une étoile montante de la CDU, Hildegard Müller, a dû s'expliquer, elle, sur les 2 000 euros qu'elle recevait tous les mois de son ancien employeur, la Dresdner Bank. Elle indiquait alors qu'il s'agissait d'une rémunération pour un travail qu'elle avait souhaité mener à terme après son départ de la banque.

Deux cas particuliers, pense-t-on alors, avant de découvrir que bon nombre de grandes firmes allemandes arrosent, en fait, sans distinction de couleur politique, les élus de leur pays. Depuis 1990, Volkswagen a même érigé cette pratique en système: une directive interne précise que tout responsable quittant le groupe pour un mandat électif peut continuer à percevoir son salaire, qu'il travaille ou non pour la société. Début janvier, le constructeur automobile a annoncé qu'il abrogerait le règlement en question et s'est vu contraint de publier six noms de députés sociaux-démocrates (SPD) ayant bénéficié de ces largesses. L'un d'eux a démissionné - contrairement à ses affirmations, il touchait double gage depuis dix ans! La liste s'est ensuite allongée: Siemens, Bayer, Thyssen... Selon un sondage réalisé par la télévision régionale WDR, 7 entreprises sur 50 ont reconnu avoir des élus locaux, régionaux ou nationaux parmi leurs salariés.

Il faut dire qu'en Allemagne la législation est assez floue. Au Bundestag, les députés doivent faire état, auprès de leur président, de leurs appointements secondaires s'ils dépassent 3 000 euros par mois. Mais ces informations ne sont pas rendues publiques et aucune sanction n'est prévue en cas d'infraction. Aujourd'hui, sous la pression de l'opinion, qui réclame plus de transparence face à ce lobbyisme déguisé, la classe politique commence à réagir. La coalition au pouvoir promet un projet de loi avec des contrôles plus sévères pour le mois de février. Juste avant deux élections régionales importantes, le 20 février, dans le Schleswig-Holstein, et le 22 mai, en Rhénanie-du-Nord-Westphalie.

De notre correspondante Blandine Milcent