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Malaria

LE MONDE, 27.04.05

Un partenariat critiqué

La charge est rude. Dans l'édition du 23 avril de l'hebdomadaire britannique The Lancet l'éditorial critique de façon très vive le partenariat "Roll Back Malaria" (RBM, "Faire reculer le paludisme" ). Non seulement, RBM est mis en cause pour ne pas être en mesure de tenir ses objectifs en matière de réduction de la mortalité due au paludisme, mais The Lancet l'accuse d'avoir vraisemblablement provoqué des dégâts.

Créé en 1998 par l'Organisation mondiale de la santé (OMS), l'Unicef, le Programme des Nations unies pour le développement (Pnud) et la Banque mondiale, RBM accueille en son sein 90 participants, dont des entreprises du secteur privé comme les firmes pharmaceutiques Bayer, Novartis et GlaxoSmithKline, ou le groupe pétrolier Exxon. Il se définit comme un "dispositif qui favorise la coopération entre plusieurs partenaires en vue de réduire de moitié le nombre de décès dus au paludisme d'ici à 2010" . Cet objectif a été repris en 2000 par la déclaration d'Abuja, signée par 53 chefs d'Etat africains.

The Lancet reconnaît que RBM "a insufflé à des donateurs lassés une énergie nouvelle pour combattre le paludisme. Ses efforts ont permis de doubler les dépenses internationales et de faire prendre brutalement conscience au monde du fardeau mortel que le paludisme fait peser sur les pauvres" . Le partenariat aurait en revanche échoué à passer du stade du plaidoyer à celui de l'action.
Cinq ans après le sommet d'Abuja et à mi-parcours des objectifs fixés, The Lancet dresse un bilan très sévère : "Actuellement, si tout le plan avait été suivi, au moins 60 % des personnes ayant le paludisme auraient accès à un traitement dans les huit heures suivant les symptômes, au moins 60 % des femmes enceintes à risque recevraient une prévention par des médicaments et au moins 60% des autres groupes à risque, dont les enfants de moins de 5 ans, seraient protégés par des moustiquaires imprégnées d'insecticide."
Ces objectifs sont "hors d'atteinte" , constate l'éditorial au vu de la croissance du nombre de cas de paludisme. RBM "a fait très peu pour stopper la marche du paludisme" , conclut-il. "A moins de fournir des résultats démontrables, prévient The Lancet, le partenariat risque de perdre toute crédibilité."

PROBLÈME DE SANTÉ PUBLIQUE
Responsable "paludisme" au sein de la campagne de Médecins sans frontières pour l'accès aux traitements, le docteur Jean-Marie Kindermans se dit "assez d'accord avec cet éditorial. Dans RBM, tout le monde se renvoie la balle, et personne n'est responsable. L'OMS a reconnu l'intérêt des traitements combinés à base d'artémisinine (ACT), mais alors que nous tirons la sonnette d'alarme depuis près de deux ans, il n'en est pas produit assez pour répondre aux besoins" .
Directrice exécutive de RBM, le docteur Awa Coll Seck ne rejette pas toutes ces critiques. "Pendant longtemps, explique l'ancienne ministre de la santé du Sénégal, le paludisme a été une maladie négligée et banalisée. Grâce au plaidoyer impulsé par RBM, nous avons pu obtenir la déclaration d'Abuja, mais aussi ajouter le paludisme ainsi que la tuberculose aux objectifs du Fonds mondial de lutte contre le sida lancé par les Nations unies." Pour Awa Coll Seck, RBM a permis de reconnaître le paludisme comme "un véritable problème de santé publique et de développement".

En revanche, elle reconnaît qu'il faudrait faire mieux pour atteindre les objectifs fixés. "Néanmoins, n'oublions pas qu'en 2000 la plupart des pays n'avaient réduit que de 2% les dégâts du paludisme. Ils en sont à présent à 40%. Ce n'est pas l'objectif, mais on ne peut pas dire que rien n'ait été fait."
Pragmatique et appréciée même par certains de ses critiques, la directrice exécutive de RBM veut donner un nouvel élan au partenariat. "Il faut modifier notre optique afin d'aider les pays à obtenir la couverture la plus large possible. Certains pays n'atteindront pas les objectifs, mais cela ne doit pas freiner nos efforts" , poursuit Awa Coll Seck.
Inquiète de voir certains contributeurs privés, comme la Fondation Bill et Melinda Gates, se décourager, alors même que la Banque mondiale se prépare à lancer un nouveau plan, Awa Coll Seck reconnaît la nécessité de mieux structurer RBM, qui ne disposait jusqu'alors que d'un secrétariat assez léger. (Paul Benkimoun)