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Première Guerre mondiale

Communiqué de presse du 1 Avril 2014
Coordination contre les méfaits de BAYER

L’industrie chimique durant la Première Guerre mondiale :

« Bayer doit reconnaître ses responsabilités dans les horreurs de 14-18 »

L’industrie allemande a fabriqué durant la Première Guerre mondiale des explosifs, des munitions et des gaz toxiques. Les prix que leur garantissait l’État ont permis aux firmes un notable enrichissement. Or les entreprises continuent à nier leurs responsabilités dans ce massacre. La Coordination contre les méfaits de Bayer a donc déposé une contre-proposition à la prochaine Assemblée générale de Bayer, le 29 avril.

La Coordination contre les méfaits de Bayer (CBG) demande à Bayer de faire complètement la lumière sur le rôle joué par cette entreprise au cours des deux guerres mondiales et de reconnaître les nombreux crimes qu’elle a commis.

Axel Koehler-Schnura du Conseil d’administration de CBG : « L’entreprise Bayer refuse depuis un siècle à prendre position sur les crimes imputables à la guerre chimique allemande, au bellicisme ou au travail forcé. La firme doit enfin faire la lumière sur ses responsabilités dans la boucherie de 14-18! » Koehler-Schnura a déposé une contre-proposition à la prochaine Assemblée générale de Bayer, le 29 avril, et il y prendra la parole. Il ajoute : « Les profits de l’entreprise explosaient, les cadavres s’amoncelaient. Bayer ne prend même pas ses distances d’avec son PDG de l’époque, Carl Duisberg, que les Alliés avaient placé sur leurs listes et qui courait le risque d’être accusé de crimes de guerre. La firme a été de fait expropriée dans de nombreux pays et a perdu ses droits de marque, notamment aux USA. »

Sans l’industrie chimique allemande, la Première guerre mondiale aurait suivi un tout autre cours : au début de la guerre, le blocus anglais a empêché l’approvisionnement en salpêtre chilien, élément indispensable à la fabrication d’explosifs. Les réserves n’auraient suffi que pour quelques mois. Fin 1914, Carl Bosch, de BASF, et Carl Duisberg, de Bayer, ont fait au commandement militaire la promesse dite « du salpêtre » : elle garantissait la préparation de grandes quantités de nitrate d’ammonium. Dès le printemps 1915 la production de salpêtre a pu être relancée. L’industrie avait ainsi - selon ses propres termes - « sauvé la guerre ». En contrepartie les entreprises ont reçu des garanties d’achat fort lucratives.

Bayer a construit à Cologne-Flittard sa propre usine d’explosifs, qui produisait 250 tonnes de TNT par mois. Ce qui en juillet, 1915 faisait jubiler le PDG de Bayer, Carl Duisberg : « Si vous voyiez à qui ressemble Leverkusen en ce moment, toute l’usine a été modernisée et réorganisée, et nous travaillons désormais presque exclusivement pour l’armement (...) vous seriez fou de joie. »

Le nom de Bayer est particulièrement lié à la mise au point de gaz toxiques. Dès l’automne 1914 le gouvernement a créé une Commission des gaz toxiques présidée par Carl Duisberg (BAYER), Fritz Haber de l’Institut Kaiser-Wilhelm et le chimiste Walther Nernst. Cette commission a d’abord recommandé l’utilisation du chlore, ce qui constituait une violation délibérée de la Convention de La Haye sur les lois et coutumes de guerre (1907) qui interdit l’emploi de gaz toxiques dans les opérations militaires.

Carl Duisberg assistait en personne aux premiers essais d’utilisation des gaz toxiques sur le terrain d’exercices de Cologne-Wahn, où il a chaudement loué la mort chimique: « L’adversaire ne soupçonne en rien le danger et reste là tranquillement jusqu’à ce que l’effet se produise. » À Leverkusen on a même ouvert une école spécialisée dans les gaz de combat.

Sous la direction de Duisberg, Bayer a mis au point des gaz de combat de plus en plus toxiques, d’abord le phosgène, puis le gaz moutarde. Duisberg a réclamé avec ardeur leur emploi : « Je ne saurais trop vivement recommander de ne pas laisser passer l’occasion que nous offre cette guerre de tester aussi les grenades Hexa. » Selon les recherches actuelles, les gaz ont causé la mort de 60 000 hommes.

Bayer a déjà employé des travailleurs forcés durant la Première guerre mondiale. En 1916, Carl Duisberg a demandé au gouvernement allemand « d’ouvrir le vaste bassin humain qu’est la Belgique ». Là-dessus, le ministère de l’Intérieur a déporté environ 60 000 Belges, provoquant de véhémentes protestations internationales. Duisberg a plaidé en faveur d’une restriction des emplois et des vivres en Belgique pour accroître le « désir des Belges de travailler en Allemagne. » Cette déportation passe pour préfigurer le programme incomparablement plus vaste de travail obligatoire durant la Deuxième guerre mondiale.

Jusqu’en 1918 la direction de Bayer a dit son mot dans toutes les décisions importantes relatives à la guerre. Par exemple, Carl Duisberg a défendu la guerre sous-marine illimitée, les bombardements sur l’Angleterre et l’annexion de la Belgique et du Nord de la France. Il a également réclamé un nouvel « espace vital allemand » en Pologne et en Russie.

Lorsque le gouvernement du Reich, voyant que la guerre s’éternisait, a compris que la victoire n’était plus possible et qu’il fallait engager des pourparlers de paix, Bayer a redouté la perte des profits qu’elle tirait de la guerre.C’est pourquoi Duisberg, ainsi que le haut commandement militaire, a réclamé le limogeage du Chancelier Theobald von Bethmann Hollweg en février 1917 : « Nous sommes totalement dans la guerre et la violence, et le mieux serait que cet état de faits soit manifesté publiquement par la nomination du Maréchal au poste de chancelier (...) Car aujourd’hui, la politique c’est la guerre , et la guerre, c’est la politique. » Et de fait le Chancelier fut limogé peu après. Les pourparlers de paix n’eurent pas lieu.

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